Chronique par Julien Gros-Burdet sur CitizenJazz (21 novembre 2011)

Première production du label Dark Tree, sous l’égide de Bertrand Gastaut, qui est également à l’origine de jazz@home, et première réussite, Pourtant les cimes des arbres, en associant Daunik Lazro aux compères Didier Lasserre/Benjamin Duboc est une œuvre improvisée autour d’un haïku de Bashô, un des maîtres du genre.

Ici on se délecte du moindre son, du moindre crissement comme on goûte, dans un haïku, chaque mot, chaque syllabe. Cette musique ouvre la porte à l’imaginaire et dévoile une nature secrète : on peut imaginer un oiseau ici, là une allure – quelques pas, un feuillage dans le vent. C’est aussi une musique d’ascète, où l’on se contente de peu mais où ce peu est exploité totalement, jusqu’à la plus petite vibration. A la fois mystérieuse en ce qu’elle laisse l’auditeur faire son chemin et évocatrice de par sa faculté de faire apparaître ce qui se cache, l’œuvre de Lasserre, Duboc et Lazro n’en reste pas moins indescriptible tant elle apparaît comme profondément subjective. Laissant une large place aux feulements, aux glissements, aux mouvements lents, elle s’élève et se dissout dans une nature nocturne réceptive pour mieux se réincarner dans le souffle habité du saxophone baryton, dans les cordes triturées – frottées, grattées, caressées, cognées – de la contrebasse, dans le scintillement des cymbales et l’envoûtante caisse claire.

La beauté des timbres nés de ces trois fortes personnalités donne vie à une créature musicale qu’il faut suivre sans crainte de se perdre, les yeux fermés, comme dans un rêve. Et se réveiller avec le déluge sonore de « Retiennent la pluie »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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