Chronique par Julien Heraud sur Improv Sphere (08 octobre 2011)
Dark Tree est un nouveau label français qui, pour sa première publication, a très bien su choisir ses musiciens. Entendre Lazro, Duboc et Lasserre en même temps que les deux premiers publient un solo chez Ayler tombe à point, c’est en effet l’occasion de découvrir une nouvelle facette de ces musiciens, et pas la plus inintéressante. Inspirées d’un haïku du célèbre poète japonais Basho, ces quatre pièces, bien qu’ancrées dans le free jazz, tentent néanmoins d’aller plus loin et d’explorer de nouveaux horizons.

Si la formation instrumentale est classique, les modes de jeux et les structures le sont beaucoup moins. D’une part, la batterie est réduite aux seules cymbales et à la caisse claire, et le jeu est donc plus linéaire que percussif, plus timbrale que rythmique, et il en va de même pour la contrebasse qui n’assure ni fonction harmonique ni fonction rythmique avec ses sons continus et son archet lyrique. Quant à Lazro, les phrases qu’il développe déploient plus des qualités sonores et énergiques que mélodiques. Il y a donc de nombreux sons continus et linéaires, l’espace n’est que rarement saturé et l’interaction est à tendance symbiotique, mais on retrouve également des moments complètement free où chacun se lance des petites phrases très énergiques sans les développer, où la spontanéité reprend le dessus. Il y a en fait des variations d’intensités et de dynamiques énormes, de la nappe la plus sereine où chacun est en osmose, aux phrases agressives, criardes et puissantes. Le son du trio ne rappelle pas quelqu’un en particulier, mais les structures et le jeu sur les énergies peut tout de même rappeler le trio de Cecil Taylor durant les années 60 et 70, toutes ces pièces où les mouvements de dynamismes et d’intensités guident la structure et la forme de l’improvisation. D’ailleurs, même si ces quatre pièces font souvent appel à l’improvisation et à la spontanéité, les structures semblent écrites et les mouvements prémédités. Mais quelque soit le type d’improvisation (mélodique, libre, timbrale) à l’œuvre, l’interaction entre les trois instrumentistes marche très bien et les formes nouvelles rafraichissent cette tradition qui commence parfois à s’épuiser.

Quatre pièces de free jazz qui tentent de dépasser ce genre en réinventant des formes et en exploitant de nouvelles techniques musicales. Pour sa première référence, Dark Tree a fait assez fort en publiant ce trio aventureux et rafraichissant, libre et intelligent. Car Pourtant les cimes des arbres propose un free jazz créatif, original, sûr de lui, et virtuose; un album aussi plein de délicatesse et de sensibilité, où le fil narratif plonge le trio dans des territoires sinueux et magnifiques, escarpés et poétiques.

 

 

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