**CHOC** JazzMagazine/Jazzman par Stéphane Ollivier (novembre 2011)



Alors que l’industrie du disque agonise et que le formatage médiatique relègue ce qu’elle ne sait assimiler à la marge des marges, il y a probablement quelque paradoxe à voir fleurir ainsi sur le marché français des labels entièrement consacrés à la musique improvisée, multipliant les références d’artistes aussi exigeants qu’ultra-confidentiels. Dans le sillage de glorieux aînés comme In Situ et Potlatch et à l’instar d’Ayler Records ou Improvising Beings, c’est au tour de Dark Tree de se lancer dans cette guérilla militante en publiant avec « Pourtant les cimes des arbres » du trio Daunik Lazro, Benjamin Duboc et Didier Lasserre, un premier disque absolument extraordinaire d’intensité langagière et émotionnelle. Figure phare de l’improvisation libre européenne depuis le tournant des années 70, Lazro n’a jamais transigé sur son désir de liberté ni dévié de sa ligne esthétique privilégiant la spontanéité du chant. Saxophoniste rugueux puissamment marqué par l’expérience afro-américaine et son expression lyrique la plus radicale (Albert Ayler demeure la pierre de touche de sa poétique), il engage ici une intense conversation avec Duboc et Lasserre, musiciens emblématiques de cette génération qui dans les années 90 sut prendre la relève des grands pionniers pour ouvrir de nouvelles voies dans une exploration très poussées des timbres. Jeux de tessitures, variations d’humeurs, rythmes et flux pulsionnels se conjuguent en un hymne joyeux et douloureux au temps qui passe.

 

 

 

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