Jean-Michel Van Schouwburg // Orynx (21 mai 2022)

Et quel grand orchestre que cet étrange Ensemble Icosikaihenagone conçu par le bassiste et compositeur Benjamin Duboc ! Réunir de jeunes musiciens quasi inconnus (Émilie Aridon-Kociolek, piano voix, Sébastien Beliah, contrebasse, Alexis Persigan, trombone), des improvisateurs expérimentés de tous bords esthétiques (Jean-Luc Capozzo, Franz Hautzinger, Sylvain Kasssap, Guylaine Cosseron, Gaël Mevel, Jean-Sébastien Mariage) dont certains ne travaillent jamais ensemble, le batteur très classieux Thierry Waziniak, la tromboniste Christiane Bopp apparue comme un miracle sur Fou Records, un souffleur de poids révélé sur le tard comme Jean-Luc Petit ou la violiniste Patricia Bosshard, l’altiste Cyprien Busolini et la chanteuse Claire Bergerault, etc… pour un projet scénique et musical / sonore collectif avec les « corps actants » de Valérie Blanchon, Valérie Fontaine et Giuseppe Molino, textes et interviews des musiciens me semble aller à contre-courant des habitudes et des projets téléphonés. L’accent de ces Volumes II est posé essentiellement sur une idée de création proposée et composée par Benjamin Duboc dans une évidente dimension collective. Masses sonores contractées ou en expansion, textures rares, séquences jazz contemporain éclaté, narratifs pluriels et imaginaires. L’enregistrement retrace une performance publique d’une œuvre qui transcende la pratique artistique de recherche en mettant en exergue exclusive le contenu social de la musique et le partage de l’espace sonore et du temps entre chacun. Ne cherchez pas à savoir qui joue quoi, d’essayer de « reconnaître » les « solistes », les individualités impliquées ou même les différents instruments, cette musique est une pâte sonore collective, plastique, bruissante et qui se définit par le déroulement et l’intrication de ses composantes. Intéressante par instants, fascinante par moments, remise en question du processus de création musicale sans prétention ni agenda. Une réussite originale qui a l’heur de réunir et faire travailler ensemble des musiciens militants, au-delà des cercles relationnels qui fragmentent la scène des improvisateurs, pour créer, on l’espère, une dynamique féconde. Félicitations à tous et aussi à Bertrand Gastaut pour inclure un tel OVNI dans le catalogue de son label Dark Tree.

 

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