Chronique par Fabrice Fuentes sur Le désert rouge (19 novembre 2012)

Que dit la musique ? Probablement jamais plus que ce qu’elle dit, nous rappelle le sémillant Clément Rosset dans son dernier ouvrage, L’Invisible. Le geste musical se conjugue à l’immanence, se concentre dans l’instant avant de se dissiper. Une fois passée, la musique se tait, ce qu’elle avait à dire passe avec elle.  Dans le bien nommé En Corps, elle est apparition, explosion, éclat. Elle se meut à vif dans un terreau sonore inouï. Ce qui se dit ? Une forme d’être – ensemble. Un travail au corps qui fait surgir une myriade de sons et bât en brèche les conservatismes esthétiques afférents à l’usité trio piano (Eve Risser)/contrebasse (Benjamin Duboc)/batterie (Edward Perraud). Une dramaturgie de l’espace s’organise progressivement, initiée par un piano d’abord discret, puis qui scande le rythme à épouser, flirte autant avec le risque de se perdre que le plaisir de (se) retrouver. Transformations et entrelacs. Les lignes (de fuite) se brisent et se combinent, zigzaguent et se courbent autour d’un centre vivace, vivant et toujours en mouvement, un chant d’entre témoignant d’une expression musicale étourdissante, en permanente métamorphose. Pareil péril commun, où se nouent beauté et danger, construction et destruction instantanées, génèrent in fine un grand art des biais. Un corps de musiques, un corps qui se sait musique, qui vit la musique et joue hic et nunc le tout pour le tout.

 

 

 

 

 

 

 

 

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