Chronique par Noël Tachet dans ImproJazz (juin 2012)
Dans ce disque Daunik Lazro laisse la pleine résonance qui était la sienne dans le solo et devient une des voix du trio avec Benjamin Duboc et Didier Lasserre, il se fait vibration, en communion avec le halo de la batterie (caisse claire et cymbales) et le bourdonnement de la basse. Début, milieu et fin sont incertains. Sur un haïku de Bashô, Une lune vive / pourtant / les cimes des arbres / retiennent la pluie, le trio construit une longue suite tronçonnée en quatre parties. Chaque instrument possède sa propre ligne et la musique se tisse de leurs coïncidences, c’est l’étonnement qui guide cette musique, les visages de la nature et des sons. Si réponses il y a de musicien à musicien ce ne semble pas être une réponse musicale mais articulée dans la présence même de l’un à l’autre. Musique étrangement consonante (en tous cas ne cherchant pas la dissonance) dans la différence, elle dissout l’idée même de dissonance, trop extérieure. Les cimes des arbres retiennent les nuages mais la lune brille : paradoxe comme cette musique.
La quatrième partie de ce qu’il faut peut-être appeler un poème symphonique conclut le disque sur une autre note. Elle s’introduit par n long silence puis la contrebasse en coups profonds. Les instruments retrouvent là des rôles très proches de ce qu’ils seraient dans l’interprétation d’une ballade de jazz et le baryton toute sa profondeur de son, allant des basses à des aigus déchirants, esquissant quelques pas de danse graves et gracieux dans le médium. Le son se meurt au bout de treize minutes, imperceptiblement, comme il était venu.

 

 

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