Jean-Michel Van Schouwburg // Orynx (April 5, 2021)

Il faut vraiment louer le remarquable est scrupuleux travail d’édition du label Dark Tree autour de la scène « free-jazz » sud californienne. Bobby Bradford et John Carter, Horace Tapscott, Vinny Golia, dans des enregistrements soignés et quasi incontournables. Roberto Miranda est un contrebassiste qu’on a découvert il y a longtemps au sein des premiers groupes de Vinny Golia (label Nine Winds en vinyle) et qui joue aussi dans ce magnifique chef d’œuvre de Bradford et Carter publié par Dark Street : NO U TURN, un album incontournable. Et voici son Home Music Ensemble qui n’avait jamais transpiré dans les médias jazz internationaux même les plus futés. Outre les légendaires John Carter à la clarinette, Bobby Bradford au cornet, James Newton à la flûte, Horace Tapscott au piano et un saxophoniste – clarinettiste basse inconnu, Thom David Mason, il y a une équipe « rythmique » bien étoffée : Louis Miranda Jr, batterie, David Bottenbley , guitare, basse électrique, percussion et voix, Elias Buddy Toscano batterie et timbales, Cliff Brooks, timbales, congas, bongos. À ce beau monde s’ajoute Luis R. Miranda Sr, crédité voix et percussion : sur l’envers de la pochette un respectable septuagénaire face à un micro avec un tambourin. La musique a une inspiration latino avec ses rythmes caractéristiques et nous distille une série de solos de James Newton (aisance infinie) et de John Carter (sinueux à l’extrême). Un remarquable Agony in the Garden où Tapscott et les percussionnistes échangent brièvement de soudaines imprécations. On a droit à une excellente musique « à programme enjouée, grave et joyeuse à la fois dont les remous sont puisés dans l’expérience « Mexicali », celle des Chicanos d’origine Mexicaine dont nombre de leurs ancêtres sont installés en Californie bien avant que cet état américain ne fasse partie de l’Union. La superbe performance des invités de marque, Bradford, Carte , Newton et Tapscott fait honneur à la cohésion de l’Home Music Ensemble, les compositions de Roberto Miranda et ses cadences polyrythmiques guidée de main de maître par le pianiste d’ensemble essentiel qu’était Horace Tapscott. Il suffit d’entendre Bobby Bradford à la fin de Prayer ou dans Deborah Tasmin pour être convaincu. Un cornet afro-américain, c’est une chose rare ( !) : ce n’est pas une vulgaire trompette. La rythmique fluctue entre des tempos stricts, des déhanchements typiquement latino et des séquences relâchées dans lesquels se déchaînent congas et timbales. C’est donc, un excellent document, vivant et souvent incisif, plein de moments ensoleillés et d’instants surprenants qui lève le voile sur cette mouvance mexicaine SoCal quasi-inconnue. Tout au long du concert, le narratif de Miranda se développe avantageusement dans des scènes colorées, des cascades de rythmes, des échanges de plus en plus chaleureux une réelle inventivité de l’Ensemble… et un ensemble vocal de la-la-la touchant… Le livret inclus dans la pochette nous relate les circonstances exactes de ce superbe concert en 1985. Encore un bon point pour Dark Tree !!

 

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