Jean-Michel Van Schouwburg // Orynx (6 octobre 2020)

Une vibration émanant des cordes du piano, une voix persuasive et énergique dit un beau poème dédié à la cause afro-américaine avec cette voix caractéristique. Une introduction au piano enchaîne sur le riff de Ancestral EchoesHorace Tapscott, non content d’être un très remarquable pianiste, compositeur et auteur de thèmes soulful invitant à la danse à la célébration de la Great Black Music, incarne et fait incarner par son peuple la culture afro-américaine au sein de cette communauté avec la participation enthousiaste de poètes, chanteurs et chanteuses, musiciens – ciennes locaux. Il écrit « Our Music is contributive rather than competitive ». Un beau livret donne des détails précis sur ce magnifique projet et son contexte culturel et social. Il s’agit ici d’un opus plus instrumental par rapport à l’album précédent d’Hoace Tapscott/ Pan AfrIkan (Why Don’t You Listen) qui mettait en scène des chanteurs et chanteuses. Ce n’est pas une musique qu’il faut écouter comme une contribution exclusivement musicale dans le cadre du jazz « professionnel » proprement dit avec ses inventeurs, ses solistes virtuoses, etc… mais plutôt comme l’émanation inclusive d’une communauté qui se débat pour sa dignité et sa survie où la musique intervient comme un vecteur de partage et d’unité des différents membres de la communauté, la formulation festive d’une identité harcelée, méprisée par la « majorité silencieuse » des Blancs (ou des Riches), contents de l’être, méprisants pour ceux qui ne partagent pas la même couleur de la peau et la culture et vindicatifs quand les « Noirs » revendiquent seulement le respect, la reconnaissance et d’être considérés comme des citoyens à part entière. Bien sûr, les jazzmen afro-américains ont toujours en tête cette problématique que ce soit le Roi Louis, Lester Young ou Dizzy Gillespie, mais celle-ci était généralement induite dans l’affirmation de leur art jusqu’à ce que Mingus enregistre Fables of Faubus  et Roach, Freedom Now Suite. La musique est tournoyante, colorée, poly-rythmée (deux congas, un batteur et le jeu plein et dense de Tapscott et Linda Hill au piano) aux sonorités puissantes (flûte, sept saxes, tuba, trombone trompette et french horn) et des thèmes cycliques . Jouant comme un seul homme (ou femme), l’orchestre met en avant quelques solistes qui galvanisent l’ensemble. Les arrangements subtils de Sketches of Drunken Mary succèdent aux riffs modaux d’Ancestral Echoes et l’aspect jazz improvisé se dessine avec le remarquable solo de Michael Sessions, articulé sur la rythmique chaloupée où brille le jeu de piano serpentant du leader. Eternal Egypt Suite est la pièce de consistance finale de l’enregistrement du concert (27 minutes), l’orchestre gravissant à chaque composition un degré dans le raffinement, la puissance et le sens (ou les sens) conférés à leur musique, dévoilant graduellement  un manifeste et des formes plus sophistiquées. Le blues est présent mais intégré à une affirmation d’espoir, de solidarité et de foi dans le bienfondé de leur démarche tant au niveau esthétique et sociétal. Il y a à la fois une méthode didactique dans la disposition des morceaux du concert, sans doute et un dosage de plus en plus intense tant au niveau qualité mélodique, persuasion, feelings …. Comme le démontre, le tubiste et le cor anglais improvisant avec les congas dans Jo Annette, la troisième pièce, suivi par le solo lyrique au piano alternant éléments du thème et brèves variations mélodiques charpentée par la souplesse de la rythmique et de la main gauche du claviériste. Chaque instrumentiste à son Quoi qu’on puisse en penser, le but n’est pas de faire concurrence à Mingus, Gil Evans ou Sun Ra dont les musiques de grand orchestre sont devenues des références ultimes, ou encore de se situer dans une avant-garde ou un quelconque courant, mais de créer une symbiose des acteurs culturels de cette communauté de manière exemplaire, communicative et authentique. Et à cet égard, la musique chaleureuse et soudée du Pan Afrikan People’s Arkestra est une réussite à 100 %. La musique du cœur sous les ramures du Dark Tree.

 

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