★★ JazzMagazine by Vincent Cotro (June 2017)

Après un premier album paru en 2012 sur le label DarkTree, le trio En Corps propose ici une captation live sous la forme de deux longues improvisations. Des âmes (presque 17 minutes) s’ouvre par une longue “entrée en matière” grouillante, grondante, inquiétante, où personne n’est là où on l’attend ni l’entend.
Des sonorités de piano préparé proches parfois d’un gamelan, des textures aux origines improbables, des notes répétées sans but apparent (bizarrement, le jeu d’Ève Risser et le son d’ensemble me rappellent parfois l’Ellington de “Money Jungle”…) Puis une lente éruption mène au déferlement d’une lave ici compacte et solide, là brillant d’éclats plus furtifs ou expulsant d’inouïes flammèches. L’enregistrement d’une telle performance soulève, ici comme ailleurs dans l’improvisation radicale, le problème du tout que forme la “musique” avec les gestes et la présence des corps à l’œuvre et dont l’observation nous fait ici défaut. Restent pourtant de véritables instants de grâce et de poésie sonore, comme ceux qui parsèment le premier quart d’heure de Des corps, long crescendo parti de rien, où le silence agit comme un quatrième musicien pour lentement irriguer et lier les événements surgis de toutes parts. L’attention portée à chaque détail et chaque geste (du frôlement au fouettage des matières percussives, de la trituration hypnotique de la corde à l’extraction patiente des bribes mélodiques tapies dans les accords ressassés) se relâche et s’intériorise dans le temps long ainsi exploré, et la magie opère même (et surtout) sans les yeux.

 

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