Chronique par Dino dans Revue & Corrigée (juin 2014)

Une seule pièce de 55 minutes et 28 secondes, enregistrée lors d’un concert en septembre 2013.
Un bel enregistrement, avec relief, profondeur de champ, l’acoustique de l’espace, enfin tout ce qui fait que chaque instrument est à sa place, pour le bonheur de notre écoute. Et de magnifiques déploiements de sons, un incroyable développement. On le sait, Daunik Lazro est un voyageur immobile dont l’œuvre est constituée par de très nombreuses rencontres. Il me semble que c’est la première fois qu’une formation à laquelle il appartient se retrouve gravée deux fois. Ce qui est une excellente idée concernant ce trio dont la proposition est ici splendide. La liberté bénéficie ici d’accents sur toutes ses voyelles et consonnes. L’écoute entre les instrumentistes est évidente, la circulation de la parole entre la contrebasse, la batterie et le saxophone est fluide, naturelle plutôt. Ce qui est troublant, ce sont ces liens esquissés avec quelques idiomes connus (telle musique du monde, telle page de l’histoire du jazz) ; autant de ressorts à cette écriture poétique réellement partagée. Daunik Lazro prend le temps, aussi bien pour exposer un des plus beaux grains de saxophones, dans un lyrisme dynamique unique, que pour compléter une discographie de moins de trente références en près de quarante ans de carrière. Je ne vous dirai pas qu’il s’agit de free jazz. Nous sommes ailleurs, depuis longtemps, dans ce phénomène si bien décrit par Henri Michaux qui a permis ce titre magnifiquement adapté à la situation : musique.

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